EarthBound : le RPG culte et décalé de la Super Nintendo

Connu au Japon sous le nom de Mother 2, EarthBound est un jeu de rôle à part dans la ludothèque de la Super Nintendo. Situé dans une Amérique fantasmée plutôt que dans un monde médiéval, drôle, étrange et parfois bouleversant, il est passé presque inaperçu à sa sortie américaine en 1995 avant de devenir l’un des jeux cultes les plus aimés de l’histoire.

Fiche technique d’EarthBound

ÉlémentDétail
Titre japonaisMother 2: Gyiyg no Gyakushū
Sortie Japon27 août 1994
Sortie Amérique du Nord5 juin 1995
Sortie EuropeAucune sur Super Nintendo (première sortie en 2013 sur la Console virtuelle Wii U)
DéveloppeursApe et HAL Laboratory
ÉditeurNintendo
Scénario et directionShigesato Itoi
MusiqueKeiichi Suzuki et Hirokazu Tanaka
GenreJeu de rôle
PlateformesSuper Nintendo, Game Boy Advance (Japon), Wii U, New 3DS, Super Nintendo Classic Mini, Nintendo Switch

L’histoire du développement : un projet sauvé par Satoru Iwata

EarthBound est la suite de Mother, sorti sur Famicom en 1989 au Japon. Les deux jeux sont l’œuvre de Shigesato Itoi, écrivain, parolier et publicitaire japonais très connu, qui voulait créer un jeu de rôle ancré dans un décor contemporain inspiré des États-Unis, loin des chevaliers et dragons de Dragon Quest.

Le développement de Mother 2 démarre au début des années 1990 et s’étire sur environ cinq ans. L’équipe, composée de membres d’Ape et de HAL Laboratory, peine à faire avancer le projet, et Nintendo envisage de l’abandonner. C’est alors qu’intervient Satoru Iwata, alors cadre chez HAL et futur président de Nintendo. Programmeur de talent, il propose de reprendre le code et de réorganiser le travail, ce qui permet de terminer le jeu dans un délai raisonnable. Cet épisode est souvent cité comme l’un des sauvetages les plus célèbres de l’histoire du jeu vidéo.

La musique, signée Keiichi Suzuki, membre du groupe Moonriders, et Hirokazu Tanaka, compositeur de Metroid, mélange pop, rock, jazz et musique expérimentale, avec de nombreux clins d’œil à la musique populaire occidentale. Elle contribue fortement à l’ambiance unique du jeu.

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Gameplay : un jeu de rôle dans une Amérique décalée

En 199X, une météorite s’écrase près d’Onett, la ville natale de Ness. En allant voir ce qui se passe, le jeune garçon rencontre Buzz Buzz, un être venu du futur, qui lui annonce qu’une entité maléfique, Giygas, va plonger le monde dans le chaos. Pour l’arrêter, Ness doit enregistrer huit mélodies dans la Pierre du son en visitant des lieux sacrés, les « Your Sanctuary ».

Ness est rejoint par trois compagnons :

  • Paula, une jeune fille aux pouvoirs psychiques de Twoson ;
  • Jeff, un inventeur venu d’une pension en Winters, qui répare et utilise des gadgets ;
  • Poo, prince de Dalaam et adepte des arts martiaux.

Le voyage traverse Onett, Twoson, Threed et ses zombies, Saturn Valley et ses étranges Mr. Saturn, la métropole de Fourside, la station balnéaire de Summers, le désert de Scaraba ou encore les marais de Deep Darkness. Pokey, le voisin insupportable de Ness, devient au fil de l’aventure un antagoniste récurrent.

Un système de combat original

Les combats se déroulent en vue subjective, sur des fonds psychédéliques animés. Les ennemis sont visibles sur la carte, ce qui permet d’éviter les affrontements ou de prendre l’avantage en les touchant par derrière. Lorsqu’un groupe est beaucoup plus fort qu’un adversaire, le combat est remporté immédiatement, sans avoir à le jouer.

La grande idée est le compteur de points de vie roulant : lorsque vous subissez des dégâts, les PV ne chutent pas instantanément mais défilent comme un compteur mécanique. Si vous achevez le combat ou soignez le personnage avant que le compteur n’atteigne zéro, il survit, même après un coup normalement fatal. Les pouvoirs psychiques, appelés PSI, remplacent la magie traditionnelle.

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Humour et quotidien

EarthBound se distingue par son humour absurde et ses détails du quotidien. On sauvegarde en téléphonant à son père, qui envoie aussi de l’argent sur le compte en banque de Ness. Ness peut avoir le mal du pays et doit appeler sa mère. Les objets de soin sont des hamburgers, des pizzas ou des cookies, et les ennemis comprennent des hippies, des taxis fous, des chiens errants ou des corbeaux chapardeurs. Derrière cet humour se cache pourtant une histoire sur l’enfance, l’amitié et la peur, avec un affrontement final contre Giygas resté célèbre pour son atmosphère dérangeante.

Une galerie de personnages inoubliables

Les rencontres font une grande partie du charme d’EarthBound. Les Mr. Saturn, petites créatures à gros nez qui parlent avec une police de caractères qui leur est propre, sont devenus les mascottes officieuses du jeu. Les Runaway Five, un groupe de musiciens criblés de dettes, croisent plusieurs fois la route de Ness. Les Tenda, peuple si timide qu’il refuse de parler, ou l’inventeur Apple Kid, qui téléphone régulièrement pour livrer ses dernières créations, ajoutent à cette atmosphère de road trip loufoque. Chaque ville possède ses habitants excentriques, et de nombreux dialogues changent au fil de l’histoire, ce qui pousse à parler à tout le monde.

Accueil et héritage

Au Japon, Mother 2 est un succès. Aux États-Unis, en revanche, Nintendo mise sur une grande boîte incluant un guide stratégique complet et une campagne publicitaire provocatrice sur le thème « This game stinks », accompagnée de cartes à gratter et à sentir. Les graphismes simples, jugés datés face aux autres jeux de rôle de 1995, et ce marketing déroutant se traduisent par des ventes décevantes.

Le jeu trouve pourtant sa place avec le temps. Une communauté de fans très active se forme autour de lui dans les années 2000, et Ness devient une figure célèbre grâce à sa présence dans Super Smash Bros. dès 1999. La série se conclut au Japon avec Mother 3 (Game Boy Advance, 2006), jamais sorti officiellement en Occident. L’influence d’EarthBound se retrouve dans de nombreux jeux indépendants, Undertale en tête. Pour les joueurs européens, il reste l’un des grands absents de la Super Nintendo à l’époque, accessible uniquement par l’import.

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Rééditions officielles

  1. Mother 1+2 (Game Boy Advance, Japon, 2003) : compilation des deux premiers épisodes.
  2. Console virtuelle Wii U (2013) : première sortie officielle en Europe, en anglais.
  3. Console virtuelle New Nintendo 3DS (2016).
  4. Super Nintendo Classic Mini (2017) : EarthBound fait partie des jeux préinstallés.
  5. Nintendo Switch Online (février 2022) : ajouté à l’application Super Nintendo, en même temps que le premier Mother sous le nom d’EarthBound Beginnings sur l’application NES.

La cartouche américaine, surtout complète avec sa grande boîte et son guide, fait partie des pièces les plus chères de la collection Super Nintendo. Retrouvez d’autres classiques dans notre encyclopédie des jeux Super Nintendo.

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Questions fréquentes

EarthBound existe-t-il en français ?

Non. Le jeu n’a jamais été traduit officiellement en français : toutes les versions occidentales, y compris celles de la Console virtuelle et du Nintendo Switch Online, sont en anglais.

Faut-il avoir joué à Mother pour comprendre EarthBound ?

Non, l’histoire est indépendante. Quelques clins d’œil récompensent les connaisseurs du premier épisode, mais EarthBound se suffit à lui-même.

Pourquoi EarthBound est-il si cher en cartouche ?

Ses faibles ventes aux États-Unis, sa grande boîte fragile et l’engouement tardif des fans ont rendu les exemplaires complets rares, ce qui explique une cote élevée sur le marché de la collection.

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