L’Atari 2600, d’abord appelée Video Computer System (VCS), est la console de salon lancée par Atari aux États-Unis en 1977. Grâce à ses cartouches interchangeables et à des adaptations d’arcade comme Space Invaders, elle a fait entrer le jeu vidéo dans des millions de foyers, avant d’être emportée par le krach de 1983. Produite jusqu’en 1992, elle reste le symbole absolu des débuts du jeu vidéo domestique.
| Caractéristique | Atari 2600 (VCS) |
|---|---|
| Constructeur | Atari, Inc. (filiale de Warner Communications) |
| Sortie aux États-Unis | 11 septembre 1977 |
| Sortie en Europe | 1978 |
| Sortie au Japon | 1983, sous le nom d’Atari 2800 |
| Génération | Deuxième génération |
| Processeur | MOS Technology 6507 à environ 1,19 MHz, puce graphique et sonore TIA |
| Mémoire vive | 128 octets |
| Support | Cartouches |
| Prix de lancement | 199 dollars aux États-Unis |
| Fin de production | 1992 |
Genèse et lancement de l’Atari 2600
Au milieu des années 1970, Atari, fondée par Nolan Bushnell et Ted Dabney, est déjà célèbre grâce à Pong en arcade et à sa version de salon. Mais les consoles de l’époque ne proposent qu’un ou quelques jeux gravés dans leurs circuits. L’arrivée des microprocesseurs bon marché rend possible une nouvelle idée : une machine programmable, capable de lire des jeux stockés sur des cartouches interchangeables. La Fairchild Channel F, sortie en 1976, ouvre la voie.
Le projet, baptisé « Stella », est mené par Atari et par Cyan Engineering, un bureau d’études où travaillent Steve Mayer et Ron Milner. Jay Miner conçoit la puce graphique TIA et Joe Decuir participe à la mise au point du prototype. Pour financer la production, Bushnell vend Atari à Warner Communications en 1976. La console sort aux États-Unis en septembre 1977 sous le nom de Video Computer System, avec deux joysticks, deux paddles et le jeu Combat.
Les débuts sont modestes. Les ventes de 1977 et 1978 sont en dessous des attentes et Bushnell quitte l’entreprise fin 1978. C’est en 1980 que tout bascule, avec la conversion officielle de Space Invaders, le jeu d’arcade de Taito : la VCS devient le cadeau incontournable et propulse Atari parmi les entreprises les plus florissantes des États-Unis.
La machine et ses modèles
L’architecture de la 2600 est d’une économie extrême. Pour réduire les coûts, les ingénieurs l’ont dotée de seulement 128 octets de mémoire vive et d’aucune mémoire vidéo : le programme doit redessiner l’image ligne par ligne, en synchronisation avec le balayage du téléviseur. Les développeurs parlent de « course contre le faisceau ». Cette contrainte a donné lieu à des prouesses de programmation que les passionnés étudient encore aujourd’hui.
Le premier modèle, fabriqué à Sunnyvale en Californie, est surnommé « Heavy Sixer » : il possède six interrupteurs en façade et une coque particulièrement lourde. Il est rapidement remplacé par le « Light Sixer », plus léger. En 1980, une version à quatre interrupteurs déplace les réglages de difficulté à l’arrière. En 1982, le modèle entièrement noir, surnommé « Darth Vader » par les fans, accompagne le changement de nom : la VCS devient officiellement l’Atari 2600, pour la distinguer de la nouvelle Atari 5200.
Enfin, en 1986, Atari Corporation, désormais dirigée par Jack Tramiel, lance l’Atari 2600 Jr., un modèle compact et bon marché vendu comme console d’entrée de gamme face à la NES. Des versions sous licence ont aussi existé, comme la Tele-Games de la chaîne de magasins Sears aux États-Unis. La production de la 2600 s’arrête en 1992, après une quinzaine d’années de commercialisation.
La ludothèque : les jeux cultes de l’Atari 2600
La 2600 a reçu plusieurs centaines de jeux, de qualité très variable. Les meilleurs restent étonnamment jouables. Retrouvez d’autres fiches dans notre encyclopédie des jeux.
Combat (1977)
Livré avec la console, Combat propose des duels à deux joueurs entre chars, biplans ou avions à réaction, avec des dizaines de variantes. Beaucoup de joueurs de l’époque l’ont découvert avant tout autre jeu.
Space Invaders (1980)
Première conversion officielle d’un jeu d’arcade sous licence sur une console de salon, Space Invaders a fait bondir les ventes de la machine. Sa version 2600 propose de très nombreuses variantes de jeu.
Adventure (1980)
Conçu par Warren Robinett, Adventure est l’un des premiers jeux d’action-aventure : un carré explore des châteaux, affronte des dragons et cherche un calice. Robinett y cache son nom dans une salle secrète, l’un des tout premiers « easter eggs » connus, car Atari ne créditait pas ses programmeurs.
Asteroids (1981) et Missile Command (1981)
Deux autres adaptations des succès d’arcade d’Atari. Asteroids a été l’un des premiers jeux à utiliser une technique de commutation de banques pour dépasser la taille limite des cartouches. Missile Command se joue très bien au joystick malgré l’absence de trackball.
Pitfall! (1982)
Créé par David Crane chez Activision, Pitfall! envoie Pitfall Harry dans une jungle de 255 écrans, entre lianes, crocodiles et sables mouvants. Un des jeux les plus vendus de la console et un ancêtre direct du jeu de plateforme.
River Raid (1982)
Signé Carol Shaw chez Activision, ce shoot’em up à défilement vertical génère son parcours de manière procédurale pour tenir dans la mémoire de la cartouche. Il fallait gérer son carburant tout en détruisant ponts et hélicoptères.
Yars’ Revenge (1982)
Imaginé par Howard Scott Warshaw, Yars’ Revenge est un jeu d’action original, dont la « zone neutre » scintillante exploite le code même du jeu pour produire son effet visuel. Il est souvent cité parmi les meilleurs titres originaux d’Atari.
Pac-Man (1982)
Très attendue, l’adaptation du hit de Namco est réalisée dans des délais serrés. Fantômes clignotants, labyrinthe modifié, bruitages éloignés de l’original : elle déçoit, malgré des ventes considérables. Selon les récits de l’époque, Atari en avait produit davantage qu’il n’y avait de consoles installées.
E.T. the Extra-Terrestrial (1982)
Programmé par Howard Scott Warshaw en quelques semaines pour sortir à Noël, E.T. est devenu le symbole des excès de l’époque. Des invendus ont été enfouis dans une décharge d’Alamogordo, au Nouveau-Mexique, en 1983 ; des fouilles menées en 2014 ont confirmé la légende.
Accessoires marquants
Le joystick CX40, à un seul bouton, est devenu l’image même du jeu vidéo des années 1980 et un standard repris par de nombreux ordinateurs. Les paddles, des molettes vendues par paires, servaient à Breakout, Kaboom! ou aux jeux de type Pong. Le Driving Controller, une molette à rotation continue, accompagnait Indy 500, et les Keyboard Controllers à douze touches étaient utilisés par quelques jeux éducatifs.
Parmi les extensions les plus originales figure le Supercharger de Starpath (1982), une cartouche qui ajoutait de la mémoire vive et chargeait les jeux depuis des cassettes audio. Pour d’autres périphériques d’époque, consultez notre rubrique consoles et matériel.
Héritage et place dans l’histoire
L’Atari 2600 a installé le modèle économique qui domine encore l’industrie : une console vendue à prix raisonnable et des jeux achetés séparément. Elle a aussi vu naître les éditeurs tiers. En 1979, quatre programmeurs d’Atari, dont David Crane et Alan Miller, fâchés de ne pas être crédités ni intéressés aux ventes, fondent Activision. Leur succès attire des dizaines d’autres sociétés, souvent moins scrupuleuses.
Cette ruée, combinée à la concurrence des micro-ordinateurs, à des stocks démesurés et à des jeux bâclés, mène au krach du jeu vidéo de 1983 en Amérique du Nord. Warner revend la division grand public d’Atari en 1984. C’est Nintendo qui relancera le marché avec la NES, en imposant un contrôle strict des jeux publiés sur sa console. La 2600 reste néanmoins un mythe : sa silhouette en faux bois, son joystick et ses jeux aux couleurs vives font partie de la culture du jeu vidéo au même titre que Pong ou Pac-Man, et une scène de développeurs amateurs continue de créer des jeux pour elle.
Comment jouer à l’Atari 2600 aujourd’hui
Le matériel d’origine est abondant et solide, notamment les modèles à quatre interrupteurs, et la plupart des cartouches courantes restent bon marché. Le principal obstacle est la connexion : la console sort un signal RF analogique, que certains téléviseurs récents gèrent mal. Des modifications en sortie composite ou des convertisseurs adaptés résolvent le problème. L’Atari 7800 est par ailleurs compatible avec la quasi-totalité des jeux 2600.
Les rééditions officielles ont pris de nombreuses formes. Les consoles Atari Flashback, commercialisées depuis le milieu des années 2000, intègrent des dizaines de jeux. La compilation Atari 50: The Anniversary Celebration (2022), réalisée par Digital Eclipse, mêle jeux jouables et documentaire interactif sur les consoles modernes. Enfin, l’Atari 2600+, sortie en 2023, reprend le look du modèle d’origine avec une sortie HDMI et lit les cartouches originales. L’émulation n’est légale qu’avec vos propres cartouches.
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Questions fréquentes
Quelle est la différence entre l’Atari VCS et l’Atari 2600 ?
Il s’agit de la même console. Elle s’appelait Video Computer System à sa sortie en 1977 et a été renommée Atari 2600 en 1982, à l’arrivée de l’Atari 5200.
Combien d’Atari 2600 ont été vendues ?
Aucun chiffre officiel ne fait consensus, mais les estimations courantes évoquent autour de 30 millions d’unités sur l’ensemble de sa carrière, ce qui en fait la console dominante de sa génération.
Pourquoi le jeu E.T. est-il si célèbre ?
Développé en quelques semaines, il a déçu les joueurs et laissé Atari avec d’énormes invendus. Il est devenu le symbole du krach de 1983, et l’enfouissement de cartouches au Nouveau-Mexique a été confirmé en 2014.
